Séries

Le coup de grâce

Sherlock, saison 2 : un final qui vous scotche au fauteuil

Delphine RIVET
Mots-clés : Sherlock, Reichenbach Fall, Benedict Cumberbatch, Martin Freeman, Andrew Scott

Troisième et dernier épisode de cette saison 2 de Sherlock, The Reichenbach Fall, écrit par Steve Thompson (à qui l’on doit le très bancal The Blind Banker), a du en coller plus d’un à son fauteuil dimanche soir. Adapté de The Final Problem, l’épisode s’annonçait comme un tournant majeur dans l’affrontement entre Sherlock et Moriarty. Verdict.

Des mois ont passé depuis la dernière confrontation entre le détective consultant et son némésis, Moriarty. Sherlock a résolu des affaires à la pelle et est devenu une véritable curiosité médiatique. Mais alors même que Watson suggère de lever le pied, Moriarty refait surface. Le génie du crime a réussi à déjouer la sécurité des trois lieux les plus surveillés du Royaume Uni : la Tour de Londres, où sont entreposés les joyaux de la couronne, la Banque d’Angleterre et la prison de Pentonville. Le clou du spectacle : Moriarty se laisse gentiment attraper, sans opposer la moindre résistance. Sherlock, témoin à son procès, va très vite découvrir que ce coup d’éclat cache bien plus qu’une "simple" tentative de cambriolage.

Le face à face qu’on attendait tous

Attention spoilers. Ceux qui ont lu The Final Problem savaient plus ou moins à quoi s’attendre avec The Reichenbach Fall, directement inspiré des chutes en Suisse (Reichenbach Falls) qui furent le théâtre de l’ultime confrontation entre Sherlock et Moriarty. Mais toute la subtilité de ce titre se résume à cette lettre S qui a disparu en cours de route. Il n’est plus ici question des chutes d’eau, mais de LA chute. Celle de Holmes ou celle de Moriarty ?

Depuis leur rencontre dans The Great Game, on attendait impatiemment ce dernier face à face. Une lutte au sommet entre les deux esprits les plus brillants que la Terre ait portés. Le grand échiquier se met en place. Une tragédie en trois actes prend forme sous nos yeux médusés, totalement absorbés par l’action menée tambour battant. Acte 1, le procès. Sherlock comprend que le combat est engagé. Et pour la première fois depuis le début de la série, notre héros semble habité par la tristesse. On entrevoit déjà un dénouement funeste, sans trop vouloir y croire. Acte 2, le kidnapping. Les pions se mettent en place, les idées s’implantent dans les cerveaux. La campagne de décrédibilisation du grand détective est en marche. Sherlock est dans l’œil du cyclone et ne reprend jamais vraiment le dessus, malgré les fausses pistes qu’on lui (nous) sert. Acte 3, la chute. Sur le toit de cet hôpital, une danse macabre s’engage entre Sherlock et son légendaire opposant Moriarty. Sautera ? Sautera pas ?

Plus dure sera la chute

The Reichenbach Fall est un tourbillon émotionnel. Et alors que l’on pensait que A Scandal in Belgravia nous avait servi le meilleur de ce que Sherlock avait à offrir, ce dernier épisode nous laisse coi tant la narration est dense, hyper maîtrisée, et prenante du début à la fin. Un épilogue qui nous attrape à la gorge pour ne plus nous lâcher. Le choix de commencer cette heure et demie par un Watson, de retour sur le divan, avouant péniblement "My best friend, Sherlock Holmes, is dead", est un premier coup de poignard qui laisse peu d’espoir quant à l’issue de cet épisode. Mais comment un génie comme Sherlock Holmes pourrait finir ainsi ? Moriarty connaît le talon d’achille de son ennemi. Le pire outrage qu’il puisse infliger à Sherlock serait de le faire passer pour un menteur ordinaire, une gigantesque arnaque. Le suicide sera l’ultime aveu de sa supercherie.

Durant cette saison, les bribes d’humanité que laissaient paraître Sherlock, nous ont fait aimer encore plus ce personnage. Tout ça pour mieux nous asséner le coup de grâce dans les dernières minutes. Une séquence déchirante dans laquelle Sherlock fait ses adieux à John : "I’m a fraud". L’ascenseur émotionnel marche à plein régime et, à l’image de Watson se rendant sur la tombe de son meilleur ami, le spectateur est tiraillé entre la douleur et la colère. Et lorsque l’on croit avoir essuyé la tempête, Steve Thompson a finalement la décence, ou la faiblesse c’est selon, d’abréger ici nos souffrances, en désamorçant l’insoutenable cliffhanger dans un dernier retournement (prévisible si l’on est familier des romans de Conan Doyle).

Sans conteste le meilleur épisode de Sherlock écrit jusqu’ici, The Reichenbach Fall, est touché par la grâce d’un scénario haletant, éprouvant pour les nerfs, avec toujours cette touche d’humour si chère à Moffat et Gatiss, une réalisation bluffante par son inventivité et sa signifiance sur certains plans (Paul McGuigan laisse ici sa place à Toby Haynes, derrière la caméra), et, doit-on le rappeler, par l’incarnation fabuleuse de Sherlock par Benedict Cumberbatch, de Watson par Martin Freeman et de Moriarty par Andrew Scott.

Dès la fin de la diffusion, Steven Moffat et Mark Gatiss, s’amusant de la détresse émotionnelle des fans, ont aussitôt déclaré sur twitter "Bien sûr qu’il y aura une saison 3, elle a été commandée en même temps que la deuxième. On vous a bien eu !". Le plus dur reste l’attente, Freeman et Cumberbatch étant désormais très convoités par le grand écran. 

 

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