Pas moins de 8,2 millions de téléspectateurs britanniques ont suivi les pérégrinations de Sherlock Holmes en milieu champêtre dimanche soir sur la BBC. S’attaquer à l’une des plus célèbres aventures du détective n’est pas une mince affaire, et le deuxième épisode de Sherlock, écrit par Mark Gatiss, souffre de quelques défauts. Oui, on sait, c’est difficile à croire.
On le sait, le pire ennemi de Sherlock Holmes, c’est l’ennui. Terriblement en manque d’action, le détective consultant ne tient plus en place. Alors, quand un certain Henry Knight (Russel Tovey, décidément abonné aux bêtes à poils, est le loup-garou de Being Human) débarque à Baker Street, tourmenté par le souvenir d’une bête qui aurait tué son père 20 ans plus tôt, Sherlock, après avoir balancé un "don’t be boring !", accepte finalement l’affaire. Direction le Dartmoor, contrée aussi belle qu’inquiétante, pour une chasse au monstre qui mettra les nerfs de notre duo à rude épreuves.
Un petit coup de mou ?
Indéniablement, l’air pur de la lande ne réussit pas à Sherlock. Mais replaçons les choses dans leur contexte. Comment surpasser la virtuosité de A Scandal in Belgravia ? Mission quasi-impossible. Gatiss n’est pourtant pas un débutant et nous avait régalé en 2010 avec The Great Game.
Attention, spoilers. En revisitant Le Chien des Baskervilles, Gatiss a pris soin de transposer l’intrigue dans notre époque, comme on nous avait habitués jusque là. Il y est donc question de manipulations génétiques, d’expériences scientifiques, d’armes biologiques, le tout sur fond de conspiration gouvernementale.
Le principal problème de cet épisode vient du fait que la résolution est assez prévisible. Et, comme le rappelait très justement un confrère du Village, dans leur critique de A Study in Pink, le spectateur ne devrait jamais devancer Sherlock. Or c’est ce qu’il se produit ici et on passe le reste de l’épisode à attendre que notre héros mette enfin le doigt dessus. Le brouillard très localisé dans cette gorge, le zèle d’un scientifique à vouloir participer à l’enquête alors que celui-ci est volontairement ignoré par le détective... A noter aussi, une scène un peu ridicule où Sherlock se réfugie dans sa forteresse intérieure pour réfléchir, façon Minority Report, dont on se serait bien passé. The Hounds of Baskerville est donc moins dense que le premier épisode, empruntant la forme classique d’un "whodunnit", et souffre de quelques défauts dans son développement. Des défauts que l’on pardonnerait à n’importe quelle autre série... mais il s’agit de Sherlock !
Sherlock sauve l’honneur
Sherlock a atteint un tel niveau de perfection que les attentes sont forcément énormes. Et si ces petits défauts nous rappellent que la perfection, justement, n’est pas de ce monde, Sherlock demeure une très grande série.
Paul McGuigan a toujours un sacré coup d’œil et sa réalisation, même si elle se prête plus à l’environnement londonien, s’adapte assez bien à l’air de la campagne. Le contraste est saisissant entre les "beauty shots" de la lande et les prises de vues claustrophobiques et froides à l’intérieur du labo de la base militaire.
Délocaliser Sherlock de son milieu naturel pour l’envoyer en pleine cambrouse est un spectacle réjouissant. L’épisode poursuit son exploration de la relation entre le détective et Watson, et nous laisse miroiter, une fois de plus, le fantasme d’un soupçon d’humanité chez Sherlock. Le voir littéralement pétrifié après sa prétendue rencontre avec la Bête, est une scène parfaitement jouissive.
Il faut donc raison garder : Sherlock reste un pur plaisir pour les yeux et le cerveau !
La semaine prochaine verra un épisode majeur de la vie du détective : l’ultime (?) confrontation entre lui et son némésis Moriarty aux chutes de Reichenbach. Un épilogue, forcément épique, à ne manquer sous aucun prétexte.










