Cinéma

Chez Madame Claude

L'Apollonide, souvenirs de la maison close, la critique

Lucile BELLAN
Mots-clés : Bertrand Bonello, L'Apolonide

Sélectionné au Festival de Cannes, en mai dernier, L'Apollonide, souvenirs de la maison close, avait laissé un très bon souvenir sur la croisette. Ce drame historique français, de Bertrand Bonello sort ce mercredi en salle.

L'histoire se déroule à l'aube du XXème siècle. Des femmes donnent encore du plaisir aux hommes qui les payent dans des maisons closes. A L'Apollonide, la poésie des corps, le déballement des arts cache aussi des réalités plus crues, des peurs primales et des espoirs triviaux au sein d'une institution moribonde.




Bonello repousse les limites

Artiste des genres, des corps et de la sexualité, Bertrand Bonello laisse entrevoir par une partie de sa filmographie (Tirésia, Le pornographe) son idéal de respect et de liberté et sa recherche de la beauté. Mais il développe encore ici son attirance pour le huit-clos, les lieux fermés, des lieux différents et les destins tragiques. Cohérent donc avec son propre cinéma, le réalisateur repousse pourtant toujours tout en délicatesse et en poésie les limites de son art, avec L'Apollonide, souvenirs de la maison close.

Souvent fasciné par des personnages solitaires, il tente et réussit brillamment à extirper l'essence et la singularité de chaque entité de son groupe de femmes. Des femmes objets de désir, évidemment, mais aussi plus vivantes, naturelles, tristes ou joyeuses, perdues ou désespérées, plus fortes, obstinées et solidaires qu'on ne les avait jamais vues au cinéma.


Mélancolie des maison closes

Sans porter de jugement sur le sujet des maisons closes ou de la prostitution (il n'en cache d'ailleurs pas les inconvénients et les risques), Bertrand Bonello brosse un portrait, celui d'une époque, celui de la féminité dans sa globalité et celui de beautés. Il pose un regard de peintre et d'artiste plus que celui de polémiste. Sans malice, à la manière de son travail sur Le pornographe, il peint des espaces en décalage, avec une méticulosité évidente et un sens du goût, de la mise en scène, des couleurs, des formes et des matières qui nous plongent sans filet dans cet univers de fantasmes inspirés des œuvres d'époque et de l'imaginaire collectif.

Encore et toujours musicien, le réalisateur enveloppe ses portraits d'un univers sonore entre musique classique et blues, un choix aussi évident à l'écran qu'audacieux, qui rappelle en permanence la condition d'esclave de ces femmes et l'état de mélancolie qui plonge souvent la maison quand les clients l'ont désertée.

L'apollonide, souvenirs de la maison close, de Bertrand Bonello, avec Hafsia Herzi, Céline Sallette, Jasmine Trinca... Durée : 2h05. Sortie le 21 septembre 2011.

16/20

Encore une preuve de talent de l'unique Bertrand Bonello qui réunit ici les comédiennes les plus talentueuses de leur génération. Un voyage dans le temps qui envahit les sens et embrume l'esprit, une plongée baroque dans les pires travers de l'homme et le cœur des femmes.  

En partenariat avec le Cinémovida d'Arras. Tous les horaires des séances sur le site du cinéma.

 

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